
Au coeur de la Plaza s’invite au Nestor pour la 1ere interview de cette série de discussions avec nos commerçants sur la rue. Découvrez aujourd’hui Benjamin Desautels et Raphael Léger, les deux associés qui ont créé le Nestor!
Est-ce que vous pouvez nous présenter un peu votre commerce et votre équipe?
Raphaël : Nous sommes deux associés, Raphaël Léger et Benjamin Desautels. On a une gérante qui s’appelle Nasry et une équipe composée d’environ 20 employé.e.s, autant au service bar qu’en cuisine. C’est vraiment le bar de quartier, composé d’une équipe ultra sympathique et familière. Cela peut sonner un peu cliché, mais c’est la vérité.
Benjamin : Cela fait 7 ans que nous sommes là. On a toujours été une famille. Nous avons une partie des employé.e.s qui sont là depuis le début, ou presque. Malgré la pandémie et les travaux, notre équipe est stable et les gens qui ne sont plus là sont principalement des étudiant.e.s qui ont fini l’école. On a la chance d’avoir des bonnes personnes qui nous entourent.
Raphaël : Une belle stabilité, une belle reconnaissance du quartier aussi. Comme Benjamin le dit, nous avons ouvert en 2015. Ça fait 7 ans que nous sommes sur la rue. Le concept du bar a connu quelques évolutions mais globalement, nous sommes restés ce pub de quartier, le type de pub qu’il peut y avoir dans toutes les grandes villes du monde. C’est la place ou tu peux te poser et profiter d’un service souriant et accueillant, sans aucune discrimination, de 8 à 88 ans!
Pour parler de l’histoire de l’ouverture, ça fait quand même longtemps qu’on habite dans le coin. Benjamin était bien ami avec les anciens propriétaires du Gainzbar (ndlr : Le Gainzbar était le bar qui était à la place du Nestor). Lorsque j’ai commencé ma carrière dans les bars, à l’époque, c’était au Petit Medley, à l’âge de 19 ans. Ça fait donc un bout qu’on connait ce milieu. Les anciens propriétaires avaient envie de changement et nous, étions prêts à tenter l’expérience.
Vous vous connaissiez donc bien avant tout cela?
Benjamin : Ça fait quand même longtemps qu’on se connait, pratiquement 20 ans! On a travaillé ensemble dans différents bars et même lorsqu’on ne travaillait pas ensemble, on se côtoyait quand même assez souvent.
On se voyait assez régulièrement, que ce soit dans des situations professionnelles ou amicales. Puis quand est arrivée l’opportunité de reprendre le flambeau pour le Nestor, on a donc décidé de le faire ensemble. C’était quand même assez naturel comme association.
Puis pourquoi la Plaza?
Benjamin : On cherche beaucoup de commerces, avec ce côté très ”local”. Personnellement, j’ai habité dans le coin pendant 20 ans, j’ai également eu un autre bar juste à côté puis c’est vraiment un espace de quartier qui est très vivant ou les gens qui vivent aux alentours reviennent assez régulièrement. On finit tous et toutes par se connaitre, ce qui est très agréable.
Raphaël : Les gens vivent dans le quartier, ils viennent de chez eux, la plupart à pied et repartent également à pied. Les histoires de stationnement auxquels font face certain.e.s commerçant.e.s sont compréhensibles selon le type de commerce et on peut tout à fait comprendre que cela soit une préoccupation pour certain.e.s mais de notre côté, ce qui nous a attiré à la base, c’est ce côté ‘commerce de proximité’, qui plus est avec une situation géographique intéressante avec deux stations de métro à côté. Puis c’est vraiment une place qu’on connaissait, c’est plus facile quand tu ouvres quelque chose comme un bar ou un restaurant ou il y a beaucoup de blabla à faire, il faut que tu connaisses déjà un peu ta clientèle à l’avance. Je ne pense pas qu’on aurait pu ouvrir un bar dans le centre-ville par exemple.
En fait, c’est tout à faire correct d’ouvrir un bar dans le centre-ville et il en faut bien, l’histoire, c’est que nous, ce n’est pas notre truc. Ça nous ressemble pas du tout. Un petit coin tranquille dans Montréal, où les gens peuvent se créer un petit espace confortable et apprécier leur visite… c’est vraiment plus ça qu’on recherche. La seconde partie du bar, située à l’étage nous permet de faire de l’événementiel et que le bar devienne plus un bar de destination. Pour la partie du bas, on est vraiment sur cet aspect ‘bar de quartier’ ou les gens se reconnaissent en nous et dans le staff. On veut juste que les gens se sentent bien et comme chez eux. Chaque client qui rentre ici est un potentiel habitué. Tu sais, la bière, tu peux en acheter au dépanneur… Finalement, tu ne vas pas vraiment chercher de la bière dans un bar, tu vas chercher un environnement où tu te retrouves et dans lequel tu te sens bien. C’est vraiment ça qu’on crée et qu’on aime faire. C’est peut-être quelque chose qu’on retrouve moins dans un bar au centre-ville.
Ça ressemble à quoi une semaine chez vous?
Raphaël : Ça fait quand même assez longtemps qu’on est ouverts pour avoir l’habitude de savoir ce qui sort et quels sont nos besoins selon les moments de l’année. C’est sûr qu’il y a toujours des ajustements, mais on est ouverts 7 jours sur 7 de 2h de l’après-midi à 3h du matin.
La semaine commence lundi avec toutes les commandes auprès de nos fournisseurs, on a 4/5 fournisseurs de bières différents, pour les spiritueux, on fait affaire à l’unique fournisseur, la SAQ! Nous avons également un traiteur pour la nourriture, mais il y a également des choses que nous faisons nous-mêmes donc on s’approvisionne auprès des commerces de restauration. Chaque lundi ressemble pas mal à ça. Le reste de la semaine est divisé entre formations des employés, présence sur le plancher, faire les courses… On fait beaucoup de choses nous-mêmes et on est très ‘hands-on’. On participe beaucoup – physiquement – à l’entreprise et ce qu’il y a à faire dans la semaine. La fin de semaine arrive assez rapidement! Benjamin s’occupe beaucoup de la salle du premier étage, c’est un peu la folie ces derniers temps, les partys de Noël arrivent, on reçoit beaucoup de demandes et on est presque complets! Le secret du succès, notre présence sur place, de parler avec les clients, les employés. On a la chance d’avoir des employés qui sont très impliqués et proches des clients. Ça arrive souvent que l’un.e de nos employé.e.s aille au restaurant avec des clients après son shift par exemple. On voit bien qu’il y a cet esprit de communauté.
Benjamin : Globalement, c’est assez difficile à dire à quoi ressemble une semaine typique, car il n’y en a pas vraiment de semaine typique. Il y a des tâches qui sont récurrentes chaque semaine, mais on doit aussi composer avec les imprévus. Il y a quand même assez régulièrement de petits problèmes, que ce soit la climatisation, de plomberie… On ne pourrait même pas te dire vraiment de quoi à l’air notre fiche de tâches, car c’est autant d’anticiper les choses que la partie événementielle, les réseaux sociaux, l’embauche de personnel, la formation et le suivi de la formation en passant par l’extinction des feux, comme un tuyau qui vient de se casser, des employés qui ont la COVID…
Tu vois aujourd’hui, on a une réservation pour 10 et une pour 15 et notre espace à l’étage est loué. On a un employé qui s’est fait mal à une jambe hier et je vais le remplacer ce soir.
Raphaël : C’est à peu près ça, mais je te dis, moi ma blonde elle capote! Elle me demande quand on pourra se voir d’avantage, mais je ne le sais même pas moi-même! (rires)
Cela doit être un peu compliqué parfois de trouver un équilibre, non? Puis être dans un bar, c’est vraisemblablement avoir une grosse partie du temps qui est dédiée à gérer les imprévus?
Benjamin : Exactement, mais c’est la beauté de la chose aussi, il n’y a aucune journée qui se ressemble, il n’y a aucune journée qui est vide. Il y a toujours moyen de travailler 7 jours par semaine, il faut parfois savoir s’octroyer des jours de congés. Même les dimanches, ou en général, on essaye d’avoir congé, on reçoit toujours des appels, de clients ou du staff, qu’il faut forcément gérer. Ça fait partie du jeu. Je ne pense pas qu’on soit forcément très différent d’un commerce ouvert 7 jours/semaine, la seule différence, c’est qu’on est ouverts jusqu’à 3h du matin, donc il y a beaucoup plus de possibilités de se faire réveiller à 0h/1h parce qu’un de nos employés a oublié sa clé par exemple.
Tous les détails que vous avez mentionnés nous poussent à vous demander si c’est possible de dissocier votre vie professionnelle de votre vie personnelle?
Benjamin : On travaille trop pour que le bar ne fasse pas partie intégrante de notre vie. C’est imbriqué, c’est la même chose et c’est correct, car pour nous, c’est la seule manière dont ça peut fonctionner. Cependant, dans tout ça, il y a quand même la possibilité d’avoir une vie, j’ai deux enfants en bas âge et une copine et je me dois d’être aussi avec eux. Ma copine est plus habituée! (que celle de Raphaël) (rires)
Raphaël : Au fond, il faut faire des sacrifices et des compromis, il faut se forcer à prendre congé, mais il faut aussi se forcer à être présent!
Pensez-vous que cette façon de voir les choses influe sur le bar? On sent que cela a une influence importante sur ce que vous créez.
Benjamin : Honnêtement, je ne pense pas qu’on pourrait faire autrement et je ne pense pas qu’on pourrait reproduire ce concept 10 fois. On ne pourrait pas avoir une chaine ‘Nestor’. On le voit comme quelque chose d’unique et propre au quartier parce que les clients ‘font’ beaucoup le Nestor eux-mêmes. Nous sommes le reflet de notre clientèle. L’ambiance est unique, l’énergie également. J’ai eu d’autres bars, Raph a d’autres bars, et il n’y a rien de comparable a ici. (Raphael tient également les bars ‘Chez Baptiste’, sur Masson et sur Mont-Royal – qui ont été créés sur la même logique de construire des bars de quartier)
Raphaël : Pour le Nestor, on a plus voulu reproduire l’ambiance de pub comme à Chicago, moins taverne, banquette en cuir, murs vert foncé, éclairage tamisé, la présence de la couleur dorée… Une belle carte de cocktails qui fait qu’on se démarque un peu d’autres places dans le quartier, il y a beaucoup de bières et beaucoup de vin dans le quartier. On a tout de même 20 lignes de bières de microbrasseries et des vins d’importation privée.
À quelque part, ce n’est pas très compliqué, on s’est juste demandé dans quel type de bar nous aimerions aller si on était en visite dans un autre quartier. ‘C’est quoi le bar au coin de la rue dans lequel on aimerait aller’ – c’est ce qu’on a essayé/réussi à créer.
En effet, vous êtes présents depuis 7 ans et je pense que votre longévité parle d’elle-même!
Raphaël : On n’a pas été ouverts pendant 7 ans en totalité, faut dire que la rue n’était pas en service non plus tout le temps pendant ces dernières années. D’ailleurs, on a fêté l’anniversaire du Nestor le jeudi 3 novembre dernier! L’histoire, c’est qu’on n’a pas pu fêter le 5e ni le 6e à cause de la pandémie, c’est donc 3 anniversaires en un qu’on a fêté!
Votre commerce préféré sur la Plaza?
Benjamin : Pour vrai, il y a vraiment de beaux commerces comme le Montréal Plaza qui est juste vraiment un bon restaurant où j’ai beaucoup de plaisir à aller. Le Snowbird Tiki Bar, pour moi, c’est vraiment un endroit qui va perdurer et devenir un endroit mythique à Montréal. On est très amis aussi avec les propriétaires de Chez Ernest (Justine Chevalier Martineau et Renaud Marchal qui était ancien gérant de la Ninkasi Simple Malt précédemment), on est très amis avec eux, on va les voir et ils viennent nous voir! On aime aussi beaucoup le Bistro Beaufort qui a ouvert il n’y a pas si longtemps, belle cuisine bien le fun! Bien aussi, l’épicerie Conserva que tout le monde connait. Si on doit parler d’autre chose que les bars et restaurants, on choisirait JACO UOMO, Gamache Tailleur aussi. La Queue de Cochon aussi, immanquable, ça fait 20 ans qu’ils sont là et ils ont traversé pleins d’époques sur la Plaza. C’est eux qui nous fournissent en pâtés, rillettes et charcuterie, on essaye de se fournir au maximum au niveau local.
Est-ce que c’est fréquent ce genre de collaborations au niveau local?
On essaye le plus possible, ce n’est pas tout le temps faisable. La Queue de cochon déjà, on achète notre pain chez Automne Boulangerie (qui n’est pas sur la Plaza, mais pas si loin).
Si vous deviez recommander un produit de votre commerce, lequel serait-il?
Je dirais un gin québécois de dégustation avec un petit chaser, quelque chose de très simple. On a 22 gins du Québec au Nestor! Venez les découvrir!